L’un des plus beaux cadeaux que vous puissiez vous offrir, à vous-même comme à vos parents, est d’avoir ces conversations importantes avant qu’une situation d’urgence n’impose des décisions difficiles.
Même si ces échanges peuvent être délicats, les aborder à l’avance permet à vos parents d’exprimer leurs souhaits tant qu’ils sont en mesure de prendre leurs propres décisions. Cette démarche contribue également à réduire le stress, l’incertitude et les tensions qui peuvent survenir au sein de la famille lorsque les circonstances changent. [1][2]
Parler du vieillissement, de la santé, des finances ou encore du milieu de vie futur n’est jamais simple. Plusieurs parents hésitent à aborder ces sujets, par crainte de perdre leur autonomie ou de devenir un fardeau pour leurs proches. D’autres estiment tout simplement qu’ils n’ont pas encore besoin d’aide.
Essayez d’aborder ces conversations comme une démarche que vous faites avec vos parents, plutôt que pour eux. L’objectif n’est pas de prendre les décisions à leur place, mais de mieux comprendre leurs souhaits afin qu’ils demeurent au cœur des décisions qui les concernent. [2]
Au lieu de mettre l’accent sur ce qu’ils ne peuvent plus faire, cherchez plutôt à préserver leur autonomie et leur pouvoir de décision.
Par exemple, plutôt que de dire :
« Je ne pense plus que ce soit une bonne idée que tu continues à vivre ici. »
Vous pourriez demander :
« As-tu déjà réfléchi à ce que tu aimerais faire si la maison devenait plus difficile à entretenir? »
« Si un jour tu avais besoin d’un peu plus d’aide, à quoi aimerais-tu que cela ressemble? »
« J’aimerais connaître tes souhaits pour qu’on soit prêts si un imprévu devait arriver. »
Ces conversations donnent rarement de bons résultats lorsqu’elles sont précipitées. Il n’est pas nécessaire de tout régler en une seule discussion. Commencez par un sujet, prenez le temps d’écouter davantage que de parler, puis revenez-y au fil du temps.
Souvent, ce sont les petites conversations d’aujourd’hui qui permettent d’éviter les décisions les plus difficiles demain. [1]
Des sujets à aborder, une conversation à la fois
Chaque famille est unique, mais certains sujets gagnent à être abordés avant qu’une situation d’urgence ne survienne.
Vous pourriez notamment parler de :
- Leurs souhaits concernant leurs soins de santé
- Leurs médicaments et leurs antécédents médicaux
- La façon dont ils gèrent leurs finances et le paiement de leurs factures
- Leur testament et leur planification successorale
- Leur mandat de protection
- Leurs directives médicales anticipées
- Leur milieu de vie actuel et leurs souhaits pour l’avenir
- La conduite automobile et les autres moyens de transport
- La sécurité à la maison et les changements liés à leur mobilité
- Leurs préférences si un jour ils avaient besoin de soins à domicile ou de soins de longue durée
- Leurs volontés concernant la fin de vie

Il n’est pas nécessaire de tout aborder en une seule fois. Ces conversations se font souvent par étapes, au fil du temps.
L’important est de garder le dialogue ouvert afin de mieux comprendre les souhaits de vos parents et de vous assurer qu’ils continueront d’être respectés, quelles que soient les circonstances.
Comprendre les aspects juridiques
Avec le temps, il est naturel de commencer à aider ses parents dans certaines tâches du quotidien, comme payer des factures, gérer leurs opérations bancaires en ligne, communiquer avec leur institution financière ou les accompagner dans leurs démarches liées à leur santé.
Il est toutefois important de savoir qu’être le fils ou la fille d’une personne ne donne pas automatiquement le droit de prendre des décisions en son nom, qu’elles soient financières ou médicales. [2][3]
Par exemple, même si vous aidez vos parents à gérer leurs finances, leur institution financière pourrait refuser de discuter de leurs comptes ou de vous autoriser à effectuer certaines démarches sans les autorisations légales appropriées. De la même façon, les professionnels de la santé sont tenus de respecter des règles de confidentialité et ne peuvent pas toujours communiquer des renseignements médicaux ou vous faire participer aux décisions concernant leurs soins. [3]
Au Québec, il est préférable de discuter avec un notaire ou un avocat des documents juridiques qui permettent de prévoir l’avenir, comme le mandat de protection et les directives médicales anticipées, avant qu’ils ne deviennent nécessaires. Ces documents permettent de faire connaître les volontés de vos parents et contribuent à ce qu’elles soient respectées s’ils deviennent un jour incapables de prendre eux-mêmes certaines décisions. [2][4]
L’une des conversations les plus délicates
Pour bien des familles, la conversation la plus difficile n’a rien à voir avec les finances ou les documents juridiques. Elle porte plutôt sur une question profondément personnelle : est-il toujours sécuritaire pour un parent de continuer à vivre chez lui?
Quitter sa maison représente souvent bien plus qu’un simple déménagement. C’est laisser derrière soi un lieu rempli de souvenirs, l’endroit où l’on a élevé sa famille, célébré des moments importants et construit toute une vie. Il est donc tout à fait normal que plusieurs parents souhaitent y rester le plus longtemps possible. Certains peuvent aussi ne pas percevoir les difficultés qui s’installent progressivement ou avoir le sentiment qu’ils se débrouillent encore très bien.
Pour un enfant adulte, cette situation peut être tout aussi éprouvante. Il faut trouver un équilibre entre le respect de l’autonomie de son parent et l’inquiétude bien réelle pour sa sécurité et son bien-être.
Lorsque le moment est venu d’aborder cette possibilité, essayez de parler des avantages plutôt que des pertes. Un logement plus petit, une résidence pour aînés ou un milieu de vie offrant davantage de soutien peut signifier moins d’entretien, un environnement plus sécuritaire, davantage d’occasions de socialiser, un accès plus facile aux services et, bien souvent, une plus grande tranquillité d’esprit.
Il est rare qu’une seule conversation suffise. Ces réflexions évoluent avec le temps, au rythme des changements et des besoins de chacun. Faites preuve de patience, prenez le temps d’écouter les préoccupations de votre parent et impliquez-le dans les décisions le plus possible. Même si vous n’êtes pas d’accord sur tout dès le départ, maintenir le dialogue ouvert favorisera des décisions plus sereines lorsque le moment sera venu. [1][2]

Commencer par de petites étapes
Si tout cela vous semble beaucoup à gérer, rappelez-vous qu’il n’est pas nécessaire de tout faire en même temps.
Commencez simplement par recueillir quelques renseignements essentiels :
- Où sont conservés les documents importants?
- Qui sont leurs professionnels de la santé?
- Quels médicaments prennent-ils?
- Ont-ils des allergies ou des problèmes de santé chroniques?
- Comment leurs factures sont-elles payées?
- Avec quelle institution financière font-ils affaire?
- Ont-ils des paiements préautorisés ou des dépenses récurrentes?
- Qui faut-il contacter en cas d’urgence?
Ces quelques démarches peuvent sembler modestes, mais elles peuvent vous faire gagner un temps précieux et réduire beaucoup de stress si une situation imprévue survient.
L’objectif n’est pas de retirer à vos parents leur autonomie, mais de mieux comprendre leurs souhaits, de respecter leurs choix et de vous assurer qu’un plan est en place avant qu’il ne devienne nécessaire. [1][2]
Références
[1] Gouvernement du Québec. Reconnaître les personnes proches aidantes.
[2] Gouvernement du Québec. Les directives médicales anticipées.
[3] Gouvernement du Québec. Le consentement aux soins d’une personne inapte.
[4] Gouvernement du Québec. Exprimer ses volontés concernant les soins : les directives médicales anticipées.

