Rien ne nous prépare vraiment au moment où l’on réalise que notre relation avec nos parents est en train de changer.
Au lieu de nous tourner vers eux lorsque nous avons besoin d’aide, ce sont eux qui commencent peu à peu à compter sur nous.
Ce changement s’installe souvent en douceur. Un trajet vers un rendez-vous médical devient une habitude. Vous faites les courses, gérez les médicaments, payez les factures ou passez les voir plus souvent. Puis, presque sans vous en rendre compte, vous coordonnez leurs soins, prenez des décisions importantes et cherchez à concilier leurs besoins avec les vôtres.
À mesure que leurs besoins évoluent, votre rôle évolue lui aussi. Ce qui n’était au départ qu’un simple coup de main occasionnel peut progressivement devenir un rôle de proche aidante qui occupe une place importante dans votre quotidien.
Pour bien des femmes, cette étape de la vie survient alors que leur horaire est déjà bien chargé. Entre le travail, les enfants ou les jeunes adultes qui ont encore besoin de vous, les responsabilités familiales et les tâches du quotidien, il reste souvent bien peu de temps pour soi.
L’arrivée de nouvelles responsabilités auprès d’un parent vieillissant peut alors sembler difficile à porter et ajouter une pression supplémentaire à un équilibre déjà fragile.
Faites-vous partie de la génération sandwich?
Pour de nombreuses femmes, prendre soin d’un parent vieillissant s’ajoute aux responsabilités qu’elles ont déjà envers leurs enfants, leurs adolescents, leurs jeunes adultes ou d’autres membres de leur famille. Cette réalité est communément appelée la génération sandwich : des personnes qui soutiennent à la fois leurs parents vieillissants et les générations plus jeunes qui dépendent encore d’elles.[1]
Dans cette période de la vie, il est fréquent d’avoir l’impression de devoir répondre aux besoins de tout le monde. Entre le travail, les responsabilités familiales, la gestion de la maison et le rôle de proche aidante, il reste souvent bien peu de temps et d’énergie pour soi.
Au Canada, les femmes assument la plus grande part des soins non rémunérés offerts aux proches vieillissants, et plusieurs d’entre elles soutiennent plus d’une personne à la fois.[2] Si prendre soin d’un être cher peut être une expérience profondément enrichissante, ce rôle s’accompagne aussi de défis émotionnels, physiques et financiers qui peuvent avoir un impact important sur votre santé et votre bien-être.[3]
Si cette réalité vous parle, sachez que vous n’êtes pas seule. Mieux comprendre les défis liés à la proche aidance, planifier certaines démarches à l’avance et connaître les ressources disponibles peut vous aider à traverser cette période avec plus de confiance, tout en prenant soin de la personne que vous accompagnez… sans vous oublier.

Il est normal de se sentir dépassée
Bien souvent, on ne devient pas proche aidante du jour au lendemain.
Ce rôle s’installe progressivement, au fil des besoins qui évoluent. Au départ, vous rendez quelques services : faire les courses, accompagner un parent à un rendez-vous médical ou passer à la pharmacie. Puis, sans vraiment vous en rendre compte, vous commencez à coordonner les soins, gérer les finances, communiquer avec les professionnels de la santé et offrir un soutien de plus en plus important au quotidien.
Mais au-delà de ces responsabilités bien concrètes, il y a aussi toute la charge mentale qui accompagne la proche aidance. Penser aux médicaments, aux rendez-vous, aux formulaires à remplir, aux décisions à prendre, à l’avenir… sans oublier cette inquiétude constante qui vous habite.
C’est souvent cette responsabilité invisible, présente jour après jour, qui rend le rôle de proche aidante si exigeant. Si vous vous sentez parfois dépassée, sachez que c’est une réaction tout à fait normale face aux nombreuses responsabilités que vous assumez.
Les études montrent que les proches aidantes sont plus susceptibles de vivre du stress, de l’anxiété, de l’épuisement, des troubles du sommeil et de l’isolement social, particulièrement lorsqu’elles ne reçoivent pas le soutien dont elles ont besoin.[3]
Vous aimeriez mieux comprendre les défis de la proche aidance? Découvrez notre article La réalité derrière l’accompagnement d’un parent vieillissant.
Les émotions qui accompagnent la proche aidance
Voir un parent vieillir fait naître une foule d’émotions.
Vous pouvez ressentir de la gratitude de pouvoir être présente pour lui, tout en vivant un certain deuil devant les changements que vous observez chez cette personne qui, autrefois, prenait soin de vous. Vous pouvez vous sentir fière, frustrée, inquiète, coupable, épuisée… parfois même tout cela au cours d’une seule journée.
La culpabilité est d’ailleurs l’une des émotions les plus fréquentes chez les proches aidantes.
Vous avez peut-être l’impression de ne pas en faire assez. De ne pas rendre visite à votre parent aussi souvent que vous le souhaiteriez. Vous vous sentez coupable d’être fatiguée, dépassée ou de rêver simplement d’avoir un peu de temps pour vous.
Plusieurs proches aidantes vivent également ce que l’on appelle un deuil anticipé. Il s’agit de la peine ressentie lorsqu’on voit une personne que l’on aime changer progressivement, même si elle est toujours présente.
Au fil du temps, vous faites le deuil du parent que vous avez toujours connu, tout en continuant d’accompagner la personne qu’il est aujourd’hui. Ce deuil peut commencer bien avant son décès, ce qui rend parfois les émotions vécues difficiles à comprendre… et encore plus difficiles à expliquer.

Toutes ces émotions font naturellement partie du parcours de proche aidante. Ressentir des émotions contradictoires ne signifie pas que vous faites les choses de la mauvaise façon. Cela signifie simplement que vous traversez l’une des étapes les plus exigeantes de la vie.
Les recherches montrent que la proche aidance peut être à la fois profondément enrichissante et émotionnellement éprouvante. Il est tout à fait normal de vivre une multitude d’émotions au fil de ce parcours.[3]

N’attendez pas qu’une crise survienne pour en parler
Ces conversations ne sont jamais faciles. Pourtant, les avoir tôt permet souvent d’éviter bien des inquiétudes et facilite les décisions lorsqu’un imprévu survient.
Prenez le temps de discuter avec vos parents de sujets importants, comme :
- Leurs volontés concernant leurs soins de santé
- Leur situation financière et leur planification
- Les procurations et les mandats de protection
- Leurs préférences quant à leur lieu de vie
- La sécurité au volant
- Les adaptations qui pourraient être nécessaires à leur domicile
- Leurs souhaits concernant leurs soins futurs
Aborder ces sujets avant qu’une situation urgente ne se présente permet à chacun de mieux comprendre les volontés de vos parents et de prendre des décisions qui respectent leurs choix.[4]
Vous ne savez pas par où commencer? Découvrez notre article Comment avoir des conversations difficiles avec un parent vieillissant, qui propose des conseils concrets pour amorcer le dialogue avec bienveillance.
Rassemblez toute l’information importante au même endroit
Lorsqu’on accompagne un parent vieillissant, les renseignements à retenir s’accumulent rapidement : rendez-vous, médicaments, résultats d’examens, coordonnées des professionnels de la santé, documents importants…
Pour éviter de chercher l’information au moment où vous en avez le plus besoin, il peut être très utile de regrouper tous ces renseignements dans un seul endroit. Que vous choisissiez un cahier, un classeur ou un dossier numérique sécurisé, l’important est que l’information soit facile à retrouver et accessible aux personnes qui en auront besoin.
Vous pouvez notamment y conserver :
- Les antécédents médicaux
- La liste des médicaments
- Les coordonnées des professionnels de la santé
- Les notes prises lors des rendez-vous
- Les personnes à contacter en cas d’urgence
- Les documents juridiques importants
Avoir ces renseignements sous la main lors de chaque rendez-vous facilite les échanges avec les professionnels de la santé, permet de mieux suivre l’évolution de la situation et aide tous les membres de la famille à rester bien informés.
Mettre en place ce système avant qu’il ne devienne indispensable peut vous faire gagner un temps précieux, réduire le stress et vous permettre de vous concentrer sur l’essentiel : accompagner votre parent.
Vous aimeriez créer votre propre cahier de proche aidante? Découvrez notre article Comment rester organisée lorsqu’on prend soin d’un parent vieillissant.
Respectez leur autonomie
Accompagner un parent vieillissant ne signifie pas tout faire à sa place.
Lorsqu’il est sécuritaire de le faire, encouragez votre parent à continuer de prendre ses propres décisions et à participer aux tâches qu’il est encore capable d’accomplir.
Préserver son autonomie contribue à maintenir sa dignité, sa confiance en lui et sa qualité de vie.[5]
Plutôt que de demander :
« Qu’est-ce que je peux faire pour toi? »
Essayez plutôt :
« Comment pouvons-nous faire cela ensemble? »
Ce simple changement de formulation favorise la collaboration plutôt que la dépendance et permet à votre parent de demeurer acteur de ses propres décisions.

Sachez reconnaître quand il est temps de demander de l’aide
Prendre soin d’un parent peut devenir si naturel qu’on ne remarque pas toujours à quel point cette responsabilité prend de la place dans notre vie.
Si vous vous sentez constamment fatiguée, anxieuse, que vous dormez mal, renoncez souvent à vos activités, négligez votre propre santé ou avez l’impression de toujours manquer de temps, il est peut-être temps d’aller chercher du soutien. Ce n’est pas le signe que vous n’en faites pas assez. C’est simplement que personne ne devrait porter tout ce poids seule.
Avec le temps, il est aussi possible que les besoins de votre parent dépassent ce qu’une seule personne peut raisonnablement assumer. Des chutes fréquentes, des pertes de mémoire, des difficultés à gérer les médicaments, une alimentation inadéquate, un isolement grandissant ou des difficultés à accomplir les activités de la vie quotidienne peuvent indiquer qu’il est temps de demander l’aide de professionnels de la santé ou de ressources communautaires.
Demander de l’aide ne signifie pas abandonner votre parent. Au contraire, c’est une façon de vous assurer qu’il reçoit les bons soins, tout en préservant votre propre santé et votre équilibre.
La famille, les amis, les voisins, les services de soutien à domicile, le transport adapté, les services de livraison de repas, les services de répit et les groupes de soutien pour proches aidantes peuvent tous contribuer à alléger votre quotidien. Parfois, le simple fait de partager une seule responsabilité peut faire toute la différence.
Prendre soin de vous est tout aussi important
Lorsqu’on prend soin d’un parent vieillissant, il est facile de faire passer ses propres besoins au second plan. Pourtant, votre santé et votre bien-être sont tout aussi importants.
Prendre soin de vous n’est pas un geste égoïste. C’est ce qui vous permet de continuer à accompagner votre parent avec patience, énergie et bienveillance.
Quelques gestes simples peuvent faire une réelle différence :
- Acceptez l’aide lorsqu’on vous en offre.
- Partagez les responsabilités lorsque c’est possible.
- Gardez contact avec vos proches et votre réseau de soutien.
- Continuez à prendre soin de votre propre santé et à respecter vos rendez-vous médicaux.
- Accordez de l’importance à votre sommeil et à une alimentation équilibrée.
- Réservez du temps pour les activités qui vous permettent de vous ressourcer.
Être proche aidante est l’un des plus beaux gestes d’amour que l’on puisse poser. Mais l’amour ne fait pas disparaître la fatigue, le deuil, le stress ou les inquiétudes.
Si vous prenez soin d’un parent vieillissant, rappelez-vous que vous méritez, vous aussi, d’être soutenue. En prenant soin de vous, vous ne tournez pas le dos à vos responsabilités. Vous vous donnez plutôt les moyens de continuer à accompagner votre parent avec présence, équilibre et bienveillance.
Ressources utiles pour les proches aidantes
Si vous prenez soin d’un parent vieillissant, plusieurs organismes offrent de l’information fiable, des conseils pratiques et des services de soutien pour vous accompagner tout au long de votre parcours.
- Centre canadien d’excellence pour les proches aidants – Recherche, ressources pratiques et initiatives visant à soutenir les proches aidants partout au Canada.
- Gouvernement du Canada – Ressources pour les proches aidants – Information sur la proche aidance, les prestations, les crédits d’impôt et les outils de planification.
- L’Appui pour les proches aidants – Information, accompagnement, services de répit et ressources offertes partout au Québec.
- 211 Québec – Répertoire de services communautaires, notamment le transport, les repas, le répit, les groupes de soutien et de nombreuses autres ressources locales.
- Société Alzheimer du Canada – Information, ressources et soutien pour les personnes qui accompagnent un proche vivant avec la maladie d’Alzheimer ou un autre trouble neurocognitif.
Références
[1] Centre canadien d’excellence pour les proches aidants. La génération sandwich et la proche aidance au Canada.
[2] Statistique Canada. Les proches aidants au Canada.
[3] Agence de la santé publique du Canada. La proche aidance et le bien-être des proches aidants.
[4] Gouvernement du Canada. Planifier le vieillissement et les soins futurs.
[5] Organisation mondiale de la Santé (OMS). Soins intégrés pour les personnes âgées (ICOPE) : Lignes directrices sur le vieillissement en santé.

